Introduction

sculpture constituée de rondins d'acier ogivalLa pratique de la sculpture

Mes premiers travaux sont des sculptures réalisées sous forme d’assemblages, à partir de matériaux d’origine industrielle : fer, métal, bois, verre… Ils témoignent du lien à mon environnement d’alors et questionnent le rapport à un monde industriel en train de tomber en désuétude. Des formes se sont imposées à la fois agressives et fragiles, guerrières et clémentes, violentes et vulnérables. Ceux qui les découvrent peuvent être à la fois repoussés et attirés par leur altérité.

Les dispositifs plus récents explorent d’autres aspects de notre monde. Leur lecture paraît moins dualiste mais plus complexe. Mon travail à Penne du Tarn, au Japon, et en Norvège, m’a conduit à m’interroger autrement. Il ne s’agit plus de s’intéresser exclusivement à la seule présence physique de l’objet, mais à considérer un espace à pénétrer, à explorer, qui à son tour laissera une empreinte dans ma façon de percevoir d’autres lieux.

Les formes, les dimensions, les matériaux ont subi des transformations radicales en fonction des opportunités et des interrogations apparues lors de ces interventions. Ces variations m’ont permis d’investir et de m’approprier de nouveaux territoires physiques et symboliques. Les images qui leur sont associées ; dessins, empreintes sur verre, photographies et vidéos, viennent s’interposer pour renforcer, alléger, disperser, contredire, la présence de l’objet. Elles aident à métamorphoser des éléments du vivant qui se sont introduits dans mes recherches en induisant des actions, des sensations et parfois des réflexions propres à la singularité de chaque expérience.

Mes dernières pièces, les Germinoscopes, oscillent entre sculpture et architecture. Ces réalisations entrent en résonance avec les questions auxquelles nous ne pouvons actuellement plus nous soustraire, celles que se pose tout homme dans un environnement dont il éprouve l’impermanence, celles qui façonnent mon cheminement vers un monde en devenir tout autant esquissé par l’incertitude que par l’espoir.

Mon parcours dans la création est marqué à la fois par le doute et par l’énergie que suscitent ces questionnements. C’est dans cet esprit de chantier permanent que je tente d’élaborer de nouvelles propositions.

Thierry Boyer