Résidences

Résidence au Japon, Osaka (1994)

japon-2Vue d’ensemble

Nanko, ou l’art de Thierry Boyer en transition

Surtout connu pour ses sculptures sous forme de vestiges industriels, témoignage du passé de sa ville natale, Carmaux, Thierry Boyer a eu l’opportunité de se lancer dans d’autres expérimentations artistiques lors d’une résidence au Japon. Inspiré par le contexte de ce pays, il s’est montré fasciné par le butô, cette danse obscure née des traumatismes locaux de la Seconde Guerre mondiale, Hiroshima et Nagasaki.

C’est ainsi qu’il a pu présenter, de son propre aveu, « un travail où l’idée du corps humain était questionnée à travers la réalisation de plusieurs mannequins assemblés à leurs bases et enveloppés par des rubans adhésifs brillants ». Ces corps hybrides, qui rappellent le caractère hétérogène du butô, expression issue de plusieurs influences, cachent mal leur caractère factice, aussi artificiel que l’île où ils ont été créés, Nanko (ville d’Osaka).

Le cliché présenté dans le cadre de ce salon d’automne est un témoin de ces expérimentations artistiques, la pièce ayant été détruite sur place. Grâce à l’outil graphique, Thierry Boyer a pu saturer les couleurs pour les unifier dans des tonalités rosâtres.

À la fois évocation des morts de la guerre atomique, et de la pratique résiliente et expiatoire du butô, cette image constitue un double témoignage mis en abîme en raison de la disparition de la sculpture originelle. Ses premières pièces reposant souvent sur la forme ogivale, composées de fer, d’acier, de bois, et parfois de verre, la série de tirages Nanko atteste pareillement d’une histoire de la Terre et des Morts. Toutefois, au Japon, les corps ont été consommés, directement et brutalement, par la folie industrielle et guerrière pour devenir amas déformés et bigarrés.

Par ce travail sur l’absence des ouvriers de l’industrie Carmausine, ou l’absence des sacrifiés d’Hiroshima et de Nagasaki, Thierry Boyer parvient à figurer,grâce à des œuvres sous formes de synecdoques, une partie de l’outil de travail ou du corps, renvoyant de manière intime et sensible aux scories de notre mémoire collective.

Plus tard, à la fin de la décennie 2000, c’est grâce à ses installations les « Germinoscopes », architectures sculptures illuminées la nuit pour capter les insectes, qu’il nous parlera de l’universel grâce à l’infiniment petit. Au début des années 2010, il reprendra son travail d’hybridations en fossilisant des champignons polypores dans de la résine noire. De Nankoà Dark Bio Diversity, titre d’une de ses expositions de 2016 (Le Salon Reçoit, Toulouse), il n’y a donc qu’un pas, comme autant d’allers et venues entre l’universel et l’intime, l’artefact et le naturel.

                                                                                Tony KUNTER, septembre 2016

 

 

Résidence en Norvège, Oslo (2001)

Sous les chênes de Fabre ( France ), se dresse une cabane en tôle supportant un dôme translucide. Incongrue au milieu du paysage, ne donnant à voir que sa matérialité singulière, elle se détache du bâti local d’où autant de composants d’origine industrielle seraient proscrits. Quelle sont donc les visées de ce mirador aveugle émergeant d’un sous-bois tarnais ? Est-ce un abri pour d’improbables visiteurs perdus sur le causse ? Est-ce un lieu le stockage de pièces à venir ? Sont-ce d’hypothétiques événements entrevus comme promesses d’échanges? Si l’aspect défensif et l’exiguïté de la construction n’incitent guère à s’y installer, la cabane éveille la curiosité de ceux qui y pénètrent. Ses fonctions indéterminées captivent le visiteur un instant cloîtré, qui ne peut pourtant pas y assouvir ses fantasmes de protection. A ce jour, seuls les insectes ont osé franchir le seuil pour coloniser durablement cet espace aussi attirant qu’inquiétant.

Ce sont ces intrus que Thierry retrouve à Oslo, incarcérés dans le double vitrage de l’atelier. Loin de ses repères, c’est autour d’eux qu’il imagine son dispositif.

A Moss, face au fjord, trois modules constitués chacun d’un dôme en plastique surmontant une caisse de bois, sont déployés comme de potentiels traquenards destinés aux insectes venus du large. Pendant qu’à l’intérieur du centre d’art, nous est rappelé le stratagème : une série d’images où le grouillement suspendu des petites bêtes piégées dans la cabane tarnaise en découd avec une cohorte de cocons inertes pullulant au sol.

Mais, le piège se referme-t-il vraiment sur les victimes désignées ? Insecte ou visiteur, quel est celui qui tombe dans le chausse-trappe ? Souvenons-nous de l’aspect guerrier des pièces plus anciennes : le caractère utopique du dispositif norvégien ne constitue-t-il pas l’appât d’une autre machination ? Les constructions, les assemblages et les images produits par Thierry Boyer suscitent un malaise qui agit comme générateur de questions et d’associations d’idées. En dépit de leur immobilité, ces réalisations ne traitent-elles pas de l’instabilité du regard qui fait chavirer régulièrement nos émotions et notre conception de la réalité ?

Nathalie Grangis.

Résidence au Musée / Centre d’art du verre, Carmaux (2013)

Aquarelles préparatoires 

Vues d’ensemble 

sculpture_6 sculpture_5

 

EnregistrerEnregistrer